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Interview : Rencontre inspirante avec FLAVIA COELHO

  • Adeline
  • 1 juil.
  • 10 min de lecture

Il y a des rencontres qui vous élèvent, vous inspirent : Flavia Coelho nous invite au Bout du Monde !



©AdelineKERROS
©AdelineKERROS

Bonjour Flavia ! C'est un plaisir de découvrir un petit peu plus ton univers. J'écoute ta musique depuis plusieurs années mais je ne sais toujours pas ce qui se cache derrière l'artiste. Peux-tu nous parler de ton histoire, ce qui t'amène maintenant à "Ginga" ?


J'ai commencé la musique à l'âge de 14 ans en répondant à l' annonce d'un casting au Brésil, d'un groupe de musique traditionnelle brésilienne. Je n'avais jamais pris un micro de ma vie. Et tout de suite, j'ai chanté, j'avais des yeux comme ça, j'ai chanté sûrement aussi faux qu'une casserole. Mais j'en avais tellement envie qu'ils ont fini par me prendre dans le groupe. J'étais encore à l'école et je chantais tous les week-ends avec eux ! Je n'ai plus jamais quitté ce métier, ça fait 30 ans de musique. 5 albums à mon actif.


C'est dingue! Une machine de guerre (Rires) !

(Rires) Plus de 1000 concerts dans plus de 40 pays. Ce soir, on est ici au Bout du monde, je suis très contente d'être de retour.


Quai Ouest, qui organise le festival aime beaucoup t'avoir à ses côtés. C'est vrai que tu viens souvent nous voir en Bretagne. Quel lien as-tu déjà avec cette production et puis avec la Bretagne ?

Alors avec la Bretagne, l'anecdote, c'est que mes premiers amis en France, mes amis français, c'était des Bretons, de Fougères (35). Donc par la suite, c'est eux qui m'ont présenté Paris, eux qui m'ont présenté la culture bretonne, eux qui m'ont fait faire la différence entre la crêpe sucrée et la galette avec farine de sarrasin. Ils m'ont parlé de toutes les beautés bretonnes, de festivals et par la suite quand j'ai sorti mon premier album, le Bout du monde était déjà présent, il m'avait programmé à ce moment-là et j'ai fait plein de concerts par la suite, j'ai bien voyagé dans la région. Et à chaque fois, je suis accueillie vraiment avec, voilà, l'énergie bretonne. Je dis toujours "BR, Brésil, Bretagne, Brésil, c'est pareil".


C'est vrai, c'est pareil, c'est dingue. Moi, je suis surprise par la fougue que tu as sur scène, ça rayonne à fond. Petite, tu devais déjà être comme ça ?

J'ai toujours été comme ça. J'ai appris très tôt qu'il fallait prendre la vie comme une pomme, la croquer et ne pas lâcher. Et je vis un rêve, je vis de la musique. Je vis grâce à cette décision que j'ai prise il y a 30 ans, qui m'a formé, qui m'a permis de voyager, de grandir en tant que femme, qu'être humain, de travailler avec des gens, de comprendre ce que c'est de vivre en communauté, de comprendre ce que c'est de vivre attachée à un instrument, de donner sa vie à l'art. C'est du travail, de la discipline, mais c'est de l'amour, c'est beaucoup d'échanges et c'est ce que je veux essayer de montrer ce soir sur scène.


Tu parles de la posture de femme dans la musique. Est-ce que c'est plutôt un combat de tous les jours ou pour toi, c'est quelque chose qui finalement, est assez naturel d'être dans des groupes où il y a de la mixité et que tu as pas eu de difficulté à t'imposer ou en tout cas à y être ?

On s'impose. Bien sûr qu'on s'impose. On est toujours dans la bataille. Quand on est Femme, tout court, on doit s'imposer. Moi, dans ma région, là où je suis née, au Brésil, j'ai grandi entourée par beaucoup de femmes. Des femmes qui élevaient leurs enfants toutes seules, des femmes qui vivaient dans la précarité. J'ai grandi dans une famille très modeste. Donc, c'est naturel pour moi de parler des femmes fortes, parce qu'elles m'ont entourée. Elles m'ont donné la main et j'en ai croisé d'autres aussi qui m'ont donné la main. Donc je parle de ma condition de femme et j'essaie de parler d'autres aussi. Là aujourd'hui, je suis dans une autre vie, je vis de mon métier, je vis de mes passions, c'est merveilleux. Donc je continue quand même à pousser des portes, mais je suis là aussi pour aider d'autres, cousines aussi, d'autres copines, d'autres sœurs à pousser des portes et faire ce qu'elles ont envie de faire. J'aime beaucoup cette génération d'aujourd'hui.


Pourquoi ?

Elles ont tout le langage qu'il faut, toutes les armes qu'il faut. Moi, je les avais, mais je ne savais pas les nommer. Donc, je suis très heureuse de voir de petites filles de 12, 13 ans qui comprennent déjà ce qu'est le féminisme, ce qu'est le droit concernant leur corps etc. Nous, on n'avait pas du tout ça, on avait juste besoin de nous battre.

Donc, je suis bien contente de l'héritage qu'on laisse, parce qu'on a quand même beaucoup taffer.


Carrément !

Je suis très contente pour elles qu'elles puissent avoir ces notions-là.


Il y a des sœurs dans le métier comme Sandra Nkaké ou Fatoumata Diawara, vous êtes des femmes inspirantes. On a besoin de ces femmes qui nous font du bien. Qui disent des choses par leur métier et qui n'hésitent pas oui, à tendre les mains pour les plus jeunes, mais à s'affirmer aussi .Il y a du mouvement, de l'engagement !



©AdelineKERROS
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Oh oui, il y a du mouvement et il y a encore de la place dans les festivals pour nous mettre dedans. Donc tu vois tous les ans, on est à l'affût. Moi, souvent, quand je suis invitée à parler dans des conférences, on parle beaucoup de la parit. La parité c'est important mais c'est aussi important de payer les artistes à leur prix de cession. Ce n'est pas simplement de dire j'ai plein de femmes dans mon festival mais si tu les payes pas comme il faut, c'est pas la peine. Donc ce sont des choses comme ça. Moi je préfère me concentrer sur ces vraies questions.


Et ça, c'est quelque chose qu'on ne perçoit pas de l'extérieur, que finalement il y a aussi, comme dans tous les métiers des différences et c'est important de mettre un peu un coup de pied là-dedans.

Bien sûr. Ma manière de travailler c'est plutôt dans le cadre du réacteur. Il y a d'autres copines, d'autres soeurs qui font des choses plus dehors, moi je suis à l'intérieur. Continuez, on continue, chacune dans son domaine.


Ce qui est important, c'est aussi cette liberté de parole. Moi je trouve que tu n'as pas peur d'y aller et de dire les choses que ça soit dans les médias mais aussi sur scène, tu m'as beaucoup touché la dernière fois quand tu es passée aux Vieilles Charrues. Je trouvais que ça rayonnait. Puis, il y a eu une prise de position aussi et pour ces jeunes qui étaient face à toi, ils sont dit "Ah ! Wow ! Elle incarne le truc quoi, elle n'a pas peur". Physiquement, les instruments aussi, tu engages, tu n'es pas juste celle qui chante.

Beaucoup beaucoup d'honneur à celles qui chantent aussi, c'est un gros boulot. Mais ouais, mais nous les filles, toutes, on doit toujours prouver plus, plus, plus, à chaque fois. Mais moi, c'est pas un fardeau. Moi je grandis, je m'augmente, je me sens mieux et je le répète, je suis très heureuse que les parents amènent leurs petits, leurs petites aussi. Ce métier de la musique ce qu'on fait là, c'est le reflet de l'avenir. Les enfants ils viennent pour voir ça. Et moi quand je fais des shows comme ça, c'est pour dire aussi à mes sœurs, regardez, chacune dans son domaine,on peut exceller ou pas, on peut aussi faire le choix d'être tout simplement nous-même sans devoir rentrer dans des moules. Viens, on s'amuse, viens, on essaie d'être nous-mêmes.


Le nouvel album c'est "Ginga", qu'est-ce que ça veut dire?

Alors "Ginga" a plusieurs significations. La première, Ginga c'est un des mouvements de la capoeira. C'est un art martial issu de l'Afrique qui s'est installé au Brésil. Les gens ils ont l'impression que c'est une danse, mais la Ginga quand je fais la Ginga, je joue, je me bats. Donc voilà, on danse mais il y a un combat derrière.


Ça vient de la rue?

Ça vient de l'Afrique. La capoeira, c'est un art martial créé par les esclaves. Comme ils ne pouvaient pas se battre et ils ont créé des mouvements de combat avec de la danse. Et donc c'est ce mouvement de danse avant le coup. C'est ce qu'on appelle la Ginga. Donc c'est ce que j'essaie de défendre depuis toujours ! J'essaie de dire des choses qui me parlent, qui sont fortes. Mais il faut qu'on danse. Il faut qu'on mette la forme. Et Ginga c'est aussi, au Brésil, quand on dit de quelqu'un qu'il a de la Ginga, ça veut dire que c'est quelqu'un qui sait bouger. Il sait bouger les limites, les choses de sa vie. Voilà, viens, on va bouger un peu tout ça. Quelqu'un qui sait bouger les épaules quoi.


Tu pourrais à la limite te le faire tatouer, peut-être?

Carrément !


Est-ce que tu peux nous parler des titres que tu chantes sur scène ? Parce que c'est beaucoup chanté en brésilien...

Quasiment tout.


Portugais ? Portugais oui !


Et du coup, moi je n'ai pas la traduction. Est-ce que tu peux nous dire, quels thèmes tu abordes ? Il y a de l'amour bien sûr, il y a de la fraternité, de la résilience. Ça ce sont des grands mots. Mais quand on met un petit peu les doigts dans ton écriture, dans ta plume à toi parce que je crois qu'il n'y a que toi qui écrit.(...)


C'est moi qui écrit oui !


Voilà, Victor Vagh-Weinmann lui va être plutôt à la musique, les autres collègues aussi. Qu'est-ce que tu vas aller toucher chez chez nous ?

Tout à fait ! On va parler justement de ce titre, "Mama Santa", qui est le titre qui ouvre mon album et qui parle de ce que je viens de te dire là. En fait, je grandis entourée par ces femmes seules dont ma mère qui était séparée.


Elle a élevé toute seule ?

Oui, nous étions quatre enfants, de trois pères différents et de plusieurs couleurs. Et donc j'ai été entourée par ces femmes-là.


©AdelineKERROS
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Ces mots, je les ai entendus très tôt :" Vas-y, tu dois te battre, c'est dur ma fille, mais ce n'est pas grave. Demain, ça ira mieux. Fais un pas en arrière pour aller un peu en avant " Tout ça, je l'ai appris de ces femmes-là. Quand elles étaient au bord de la rivière en train de laver les vêtements, quand elles étaient en train de faire le café, dans la chaussette.


Comme nos mamans bretonnes. Tu vois, c'est exactement pareil !

Tu vois ! Quand elle a préparé les grands plats, quand on mangeait tous ensemble. Ou les petits trucs de beauté depuis l'âge de 3 ans. Elle m'a appris à mettre du miel, du sucre pour faire de l'exfoliation, pour rester belle toute la vie. Tu vois, toutes ces choses-là, c'est elles qui me les ont appris. Et aucune de ces femmes-là n'a cherché à avoir du succès, de l'argent, rien du tout. Elles ont cherché juste à rester en vie et élever leurs enfants. Je parle de ça dans "Mama Santa".




Ça c'est mon héritage premier. Et je crois que c'est ça qu'on doit continuer à perpétuer. Je n'ai malheureusement pas grandi avec ma grand-mère, mes grands-mères. Mais je sais que nos grand-mères, elles sont loin de toutes ces discussions qu'on a aujourd'hui. Mais elles ont eu leur manière de se battre. Elles ont eu leur manière de faire. Donc, faisons honneur à cette manière de faire aussi. Parce que tout ce qui existe aujourd'hui, c'est grâce entre autres à ces petits pas qu'elles ont fait.


Et pourquoi, n' avoir parlé de ça ou avoir osé parler de ça, que sur ce 5ème album?

Tu sais, j'en ai parlé dans tous les autres albums. Dans toute mon discographie, il y a au moins un titre ou deux où je parle directement sur le sujet féminin. C'est mon combat. C'est vrai qu'aujourd'hui, avec le 5ème album, il y a ce côté, tu parles un peu la maturité, même si pour moi c'est pas du tout ça.


On n'y est pas ?

Pas du tout (Rires) Ah, la maturité, c'est fini. Attends. La maturité, c'est quand on prend les baskets, qu'on les range dans le placard. Non non non. Parce que, mais on a toutes les deux des baskets là (Rires). Donc, c'est pas du tout l'album de la maturité. Mais oui, il y a eu ce désir de d'ouvrir l'album avec ça et de centraliser l'album sur la résilience. Parce que aujourd'hui, on l'utilise beaucoup parce que c'est sûrement le mot à la mode. Mais je le connais depuis très longtemps.


C'est ça. Parce que tu l'as vécu surtout !

Oui, je l'ai vécu, comme obligée.


Il y a de l'engagement. Il y a, peut-être, de l'engagement aussi pour ton pays. Ici, on est au Bout du monde, on respire toutes ces cultures, voilà, on en prend plein les yeux, plein les oreilles, plein le cœur. Qu'est-ce que tu voudrais, amener ou pointer un peu plus sur ta culture que d'autres peut-être évoquent moins ?

Je pense au métissage extrême de mon pays. C'est quelque chose que je défends depuis le premier album. D'ailleurs quand il est sorti, les gens disaient : "Mais c'est pas possible, ça marchera jamais"ou encore : "Ici en Europe, on ne connaît que la Bossa Nova ou le truc de chanteuse brésilienne qui fait du Reggae, du Hip Hop et tout, avec les cheveux etc..." mais aussi : "Non non non. Nous, on veut la jupe, la fleur...". Et, ça, c'est mon combat, depuis le début.


©AdelineKERROS
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Et mon combat, c'est de dire que je n'étais pas à l'affut d'un marché, que chacun était libre d'écouter ce qu'il voulait. Et moi, j'ai dit ce que je voulais faire de ma musique et être libre. J'ai fait beaucoup de featuring et de collaborations avec du métissage : du classique, de la musique de chambre, de Bernard Lavilliers à Pauline Croze...


La scène urbaine, L'entourloop par exemple, tu y vas !

Oui et je continue cela dans ma carrière. Le métissage n'est pas qu' humain, il est musical!

Tu sais le plus grand groupe de métal Sépultura est brésilien !


Et tu écoutes ça ?

Oui (Rires), j'écoute et j'adore ça ! Donc oui je ne peux pas m'enfermer dans des cases dictées par des maisons de disques. Et 14 ans après, je suis encore là et les gens ont tout à fait compris mon univers ! Les gens sont ouverts aux artistes brésiliens ! Avec internet, les gens ont vu et pu découvrir .

Avant il n'y avait pas tout cela, pas de Spotify ni de réseaux performants...


Avant c'était Myspace !

Oh oui, j'ai fait ma première collaboration avec Myspace ! On est toujours là, dans le game ! (Rires). Et surtout fière de ce métissage !


Tu peux être tant en robe qu'en maillot de foot, jogging, tu es toi, unique ! Libre et sans code et ça fait du bien ! Merci pour ça !

Merci à toi ! On a qu'une vie, viens on s'amuse ! On parle de la place de la femme, on a envie d'y être et on la prend ! On casse tout même quand c'est dur !


La suite, c'est quoi du coup ?

La suite, c'est de vivre en bonne santé physique et mentale. Même pas peur ! Pour continuer de rêver encore ! Parce que bien sûr le monde va très très mal.


Mais on va vers la lumière avec toi !

On va vers la lumière. C'est ce que j'essaie de faire, c'est ce qu'on va essayer de faire ce soir ici au Bout du Monde. C'est de tout donner au public pendant 1h15, de rassembler, de dire que c'est possible. Viens, on y va. Un peu d'amour dans ce monde, s'il vous plaît.


Merci beaucoup Flavia, pour cette rencontre

Merci à toi


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