Interview : Rencontre avec Ibrahim Maalouf
- Adeline
- 30 juin
- 8 min de lecture
Retrouvailles avec Ibrahim Maalouf, quelques années après, même lieu, même festival !

Bonjour Ibrahim ! On va parler ensemble du bout du monde et de ce projet TOMA. Comment ça va ?
Bonjour, très bien !
De retour sur la presqu'île de Crozon. Comment tu vois les choses, le fait de voilà, d'y revenir quelques années après, d'être assez fidèle au festival ?
Alors, je sais pas si c'est moi qui suis fidèle au festival ou le festival qui m'est fidèle.
Je crois qu'on t'aime bien (rires)
Non mais c'est vrai, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Ce sont les festivals qui choisissent leurs artistes avec qui ils veulent travailler et nous qui décidons si on est d'accord ou pas. Donc moi je suis forcément d'accord avec le Bout du monde, j'ai que des souvenirs incroyables ici.
Donc là, le projet c'est TOMA, c'est un autre chapitre de ta carrière, un renouveau parce que je me suis demandé, un moment donné : comment on peut ne pas se lasser, finalement, d'un seul instrument. Est-ce qu'on peut en parler ?
Du fait de se lasser ? Alors, je ne me lasse pas du tout.(Rires)
Moi je me dis comment on peut faire une toute une carrière avec un seul instrument quand on est aussi passionné, c'est bien.
Et des chanteurs, ils font comment ? Avec leur voix.
Oui tout à fait ,c'est leur voix !
Elle ne change pas leur voix. Ou un peu des fois, s'ils sont fumeurs ou quoi.
C'est ça, ou en vieillissant aussi ! Est-ce que la trompette a changé ?
Non, c'est la même chose. Au contraire, je crois que plus on avance, et plus on sait toute l'amplitude de ce qui est faisable. En fait, c'est comme la connaissance, c'est comme la science, c'est comme tout. Plus on sait et plus on se rend compte de tout ce qui est encore à apprendre. Et pour moi, l'art, c'est un peu la même chose. Quand j'ai sorti mon premier album, je pensais que je ne ferais rien d'autre. Et au moment où je l'ai sorti, j'ai vu des portes s'ouvrir. J'ai vu des idées musicales s'ouvrir. Et plus j'avance, plus je crée des albums. J'en suis à mon 19ème album, "Trumpets of Michaël-Ange", TOMA, c'est mon 19ème album. Et en fait,en ce moment, là, pendant qu'on est en train de parler, il y a sept albums en construction.
Waouh ! Donc jamais de repos ?
Plus plus j'avance et plus j'ai des idées, plus j'ai des envies.
Ah c'est bien ça ! Ce qui est intéressant dans ton projet, c'est que tu ne fais pas que de la trompette de chambre entre guillemets, tu n'es pas dans ton truc perso, c'est qu'à chaque fois, il y a un attachement à l'autre, à des musiciens ou à d' autres artistes.

D'où vient cette curiosité, finalement, de rencontrer l'autre ?
Je crois que ça vient depuis toujours. Moi, j'ai toujours été impressionné par l'art des autres. D'ailleurs, je le disais tout à l'heure, mais je fais le même métier aussi, c'est-à-dire, je m'intéresse en interviewant d'autres personnalités et d'autres artistes. Donc je suis assez curieux, j'aime le travail des autres. J'écoute énormément de musique, je suis très curieux, j'aime ce qui existe ailleurs. Et, quand j'aime vraiment un truc et ben j'ai envie d'y participer. Et donc du coup, il y a des ponts qui se créent, il y a des liens qui se font avec les années. Et puis, il y a des gens qui sont comme moi, qui sont des artistes qui aiment rencontrer d'autres artistes. Du coup, voilà, on se croise et on arrive à faire de belles choses ensemble.
La dernière fois, je t'ai vu avec Mathieu Chedid. Il y a toujours ces connexions, un peu, d'âme à âme, de simplicité aussi, peut-être de générosité et d'éducation aussi qui peuvent être le pont entre vous ?
Une sensibilité en tout cas, c'est sûr. Une manière de vivre, des valeurs communes. Et chez Mathieu, beaucoup d'humilité aussi, c'est un artiste extrêmement talentueux qui a su fédérer énormément autour de lui, mais qui est resté un être humain normal, j'ai envie de dire. Et un artiste avec plein de choses incroyables autour de lui et lui il reste très centré. Et c'est très rassurant de voir des gens comme lui.
Et puis il a gardé ses yeux d'enfant. Ces yeux d'enfant que je retrouve en toi, quand je te vois jouer, quand je te vois avec les autres.
L'émerveillement !
C'est ça, et c'est beau à voir !
Il faut rester émerveillé, ça va avec ta première question, c'est à dire de toujours regarder cette petite étincelle et se dire "Ah tiens, je pourrais faire ça, tiens, je pourrais inventer un truc avec très peu de choses". Quand on croise la route de quelqu'un, on dit "Ah tiens" et on pense à "Tiens, je pourrais lui proposer ça, je pourrais lui proposer de monter sur scène et de faire tel duo avec moi etc". Tu vois, de garder cet émerveillement, de ne pas être lassé, effectivement ! De ne pas être lassé par ce qui s'offre à nous et de pas considérer que c'est acquis. Parce qu'il est là le danger. C'est de croire que tout ça est acquis, alors qu'en réalité, ce festival, le fait que là, on est en train de discuter, la folie d'un festival comme celui-là et la musique qui passe : tout ça est tout sauf acquis. C'est quelque chose de très fragile. Derrière, il y a des gens qui travaillent dans l'ombre, de manière à ce que ce festival ait lieu l'année d'après. En fait, il faut vraiment garder en tête et pour les artistes, c'est la même chose. On est exactement dans la même fragilité, dans la même vulnérabilité et tant qu'on est sensible, on continue de ressentir cette vulnérabilité et de l'accepter et de continuer d'évoluer avec. Et, je pense, à mon avis, c'est ça la petite étincelle dont on parle.

L'idée de TOMA c'est aussi s'autoriser, oser, penser à un instrument, qui est en lien aussi avec la transmission, avec ton papa. Est-ce que tu peux nous parler de cette cette folie qui a finalement été peut-être suivie par un luthier ?
Alors, l'histoire, elle est un peu longue, je pourrais pas tout raconter parce qu'il faudrait un épisode d'une heure entière. Mais en réalité, cet instrument a été inventé par mon père dans les années 60. Il m'a appris à en jouer avec l'espoir que moi, j'en fasse quelque chose pour que les gens soient au courant parce qu'il avait bien vu qu'à son époque, tout le monde s'en foutait de son invention. Et il avait du mal à le vendre, il ne savait pas le vendre, il ne savait pas mettre son instrument en avant, il savait pas en parler. Il avait beaucoup d'espoir en moi. Et bon, voilà, il a tout fait pour. Et aujourd'hui, moi je profite, du public que j'ai, de cette notoriété qu'on m'a accordé depuis quelques années maintenant, pour en parler le plus possible, pour donner envie aux trompettistes d'en jouer et pour donner envie même à des gens qui ne sont pas trompettistes de s'y mettre. Et il y en a plein. Comme ça, ils peuvent jouer mes musiques, mais plein d'autres choses aussi. Et cette initiative est partie comme ça. C'est un album, c'est à la fois une marque de trompette que je viens de créer, à la fois une académie de trompette gratuite où j'enseigne. C'est aussi des trompettistes qui montent sur scène avec nous à chaque concert. J'espère qu'avec les années, ça commence à vraiment bien prendre. Mais, mon espoir, c'est que dans les quelques années qui viennent, ben tout plein de trompettistes dans le monde entier soient piqués par cette trompette et que je puisse moi m'arrêter tranquille en me disant, ça y est, j'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai exécuté le vœu de mon père et maintenant, ça va, je peux faire plein d'autres trucs.
C'est beau. Et, peut-être, que ça tend la main aussi à ceux qui n'ont pas accès à la musique, à la musique classique, voilà, aux instruments, dans les cités, dans d'autres peut-être régions un peu plus éloignées. Quel est ce ce lien que tu peux avoir peut-être avec des centres sociaux ou d'autres lieux pour trouver du monde ?
On a eu des initiatives comme celles-ci, mais je crois. Mais, comme je n'ai pas énormément de temps non plus, j'essaie d'aller là où il y a le plus d'initiatives efficaces. Et, en particulier, je suis parrain d'"Orchestre à l'école". Alors "Orchestre à l'école" c'est plus de 1500 orchestres dans toute la France qui donne accès dans les écoles, donc dans les écoles primaires, dans les collèges, dans les lycées, à des musiciens qui n'ont pas les moyens de s'acheter des instruments. Ils qui font travailler leur orchestre et au fur et à mesure, ils se développent et ils finissent par devenir professionnels. Parmi ceux dont j'ai été le parrain, c'est-à-dire tous ces musiciens, et ben il y en a un qui est sur scène avec nous, voilà. Il a démarré, il avait à peine 10 ou 11 ans, dans les "Orchestres à l'école", on lui a donné une trompette, il finit sur scène avec moi professionnellement. Donc voilà, c'est le genre de choses que j'essaie de faire.
Donc ce soir, il sera là. Quel est le projet un petit peu de cette nouvelle tournée ? À quoi on s'attend finalement ?
Musicalement, ben on fait la fête, on danse, on chante, on saute dans tous les sens. Et peut-être on réfléchit, on peut-être on médite un peu aussi, à certains moments. On est connectés les uns aux autres à travers les mélodies. Et on est joyeux surtout !
Ah, la fête qui rassemble. Il y a un petit peu d'Afrique, il y a un petit peu de métissage ?
Il y a un gros métissage. Ce sont toutes sortes d'influences, il y a l'Afrique, l'Orient, l'Inde, tout plein de choses.

Quelles sont les retours du public ? Est-ce que tu rencontres des gens après les concerts?
Aujourd'hui, c'est la dernière date de notre tournée d'été. On est très très heureux de finir ici à Crozon, c'est un festival qui m'a entendu très tôt dans mon parcours de musicien, qui a été à l'écoute, très très tôt qui m'a fait vraiment confiance. Je dois reconnaître que Jacques Guérin et son équipe évidemment, mais Jacques a été tout de suite vraiment très à l'écoute. Cette confiance là, je vois qu'elle se renouvelle régulièrement. Donc je suis très touché d'être là et de finir ma tournée d'été ici.
Donc il y aura des vacances et à la rentrée, reprise ! Est-ce qu'on peut imaginer peut-être d'adapter ce projet au tout petits ?
C'est déjà le cas. D'abord sur scène et dans le public, c'est vraiment un projet qui est très intergénérationnel. En général, dans mes concerts, le public c'est vraiment des familles. Donc il y a vraiment tous les âges, il y a les tout petits, il y a les gamins, il y a les ados, il y a les jeunes adultes, il y a les vieux et il y a les très très vieux.
Et toutes les générations sont là !
Oui ! Parfois, après les concerts, je vais parler avec le public et j'ai vraiment des familles entières qui viennent. Le grand-père, de 85 ans, dit "Moi je vous écoutais, il y a déjà 20 ans. Je vous ai vu en concert " Et le parent qui dit "Bah mon grand-père jouait de la trompette, ça m'a donné envie..." . Et bien les jeunes qui sont là "Ouais, je vous ai écouté avec en duo avec J. Balvin" . Et en fait, j'ai l'impression vraiment que ma musique parle à plein de générations. Et ça se manifeste également sur scène, puisqu'on a très souvent des trompettistes qui montent dans le cadre de cette collaboration "Trumpets of Michaël-Ange" et ils ont tous les âges.
Wow. On a hâte de voir ça. Est-ce qu'il y a une envie, peut-être pour le futur, une folie, quelque chose qui t'anime pour aller plus loin encore ?
Il y en a plein. Je viens d'annoncer il y a quelques semaines, c'est mon le plus gros concert de ma vie qui aura lieu le 10 avril 2027 au Paris La Défense Arena. Et ça vraiment, c'est pour fêter mes 20 ans de live. Je crois que ça va être une très très très grosse fête avec beaucoup d'invités, beaucoup de gens que j'aime, sur scène, un plateau complètement fou
Voilà, j'espère que les gens seront très nombreux à nous rejoindre le 10 avril 2027.
Et ben au plaisir d'y être. Je sais qu' à chaque fois c'est un plaisir d'avoir aussi quelques images, faire des photos, voilà, de capturer ces instants de magie. Donc merci beaucoup. Merci c'est moi. Merci.
Plus d'infos sur :
Site officiel : https://www.ibrahimmaalouf.com
Concert des 20 ans : https://www.parisladefense-arena.com/evenement/ibrahim-maalouf/



Commentaires