Lubiana se raconte au Bout du Monde
- Adeline
- il y a 2 jours
- 10 min de lecture
Retrouvailles avec une artiste solaire, à la musique apaisante et l'univers unique !

Bonjour Lubiana ! Bienvenue au Bout du monde, presqu'au paradis ! Comment ça va ?
Bonjour Adeline ! Ça va très bien dans ce cadre sublime.
C'est vrai que tu sors de tournée avec Lamomali avec M, Fatoumata Diawara entre autres, une belle tournée de plusieurs dates, plusieurs festivals, comment tu te sens après tout ça ?
Ouais, c'était une c'est une grosse année parce que je poursuis aussi ma tournée en même temps. Je pense que les deux combinés, j'ai bien fait 35 dates en deux mois, c'était bien intense là. Mais ici, on en parlait, j'ai l'impression que c'est les vacances en fait, c'est du repos, l'air iodé, ça fait du bien.
Tu vas te retrouver plutôt dans un format solo, alors que tu as vécu en troupe pendant plusieurs jours. Est-ce que tu peux nous dire un peu ton ressenti de reprendre ta kora, tranquille, dans des lieux un peu atypiques?
Moi, j'adore jouer dans des lieux chargés d'émotion, de belles vibrations et être connectée aux gens. Enfin, ouais, c'est ce qui m'épanouit le plus. Donc jouer dans des lieux comme ici, comme la chapelle de Rocamadour à Camaret, c'est sublime.
Est-ce que tu connais un petit peu le coin, est-ce que tu sens que la Bretagne fait résonance en toi ?
La Bretagne, ça vous gagne. (Rires) Non, c'est pas ça.(Rires)
Écoute, je suis déjà venue quelques fois en Bretagne et à chaque fois, ben d'ailleurs tu es déjà venue à quelques dates que j'ai faites, dont St Anne d'Auray... J'ai l'impression que c'est vachement grand. En tout cas, c'est beaucoup plus grand que la Belgique d'où je viens, de Bruxelles. Donc, c'est vrai que je découvre plein de coins et ça donne envie même de passer et en fait, moi, ça me donne envie de venir écrire un album ici.
Tu vois ? De prendre une maison et d'écrire pendant un mois. Oui, ça donne vraiment envie.
Retirer de toute cette énergie un peu stressante, je pense que ici, oui, tu te trouveras l'apaisement. Après la nature, elle t'amène aussi dans des émotions qui vont peut-être te surprendre. Tu verras au fur et à mesure ton séjour.
Ouais, mais disons que ça apaise. Et d'ailleurs, là, j'ai prolongé un peu mon séjour. Bon pas de beaucoup. D'un ou deux jours. Je vais pouvoir un peu profiter sans forcément me dire qu'il faut que je me prépare à des balances et des repètes et juste découvrir aussi la région.

Si on repart sur l'origine de ta venue, tu reviens dans une tournée qui a un peu plus d'histoire. Elle est aussi sur le parcours de "Terre rouge", ton nouvel album. Est-ce que tu peux nous parler de là où tu en es de ce projet?
"Terre Rouge", c'est ma reconnexion, ma racine africaine. C'est centré autour de ce cheminement en tant que jeune femme métisse et puis en fait le sentiment de finalement parfois, comme je dis dans une chanson, d'être noire en Europe et qu'on m'appelle la blanche en Afrique. Et puis en même temps, c'est un message d'amour, de célébration du métissage, de l'humanité. Je suis accompagnée de mon instrument, la kora, qui est un instrument traditionnel d'Afrique de l'Ouest. Et voilà, c'est un album organique qui parle de tout ce cheminement-là en célébrant toujours l'amour et la diversité.
Moi, je t'ai connue sur ton premier album. On sent qu'il y a eu du chemin depuis, tu t'es un peu plus affirmée parce qu'il y a eu aussi le premier EP qui t'a mise en avant différemment de ton parcours que tu as fait dans une célèbre émission de radio crochet. Et là, après il y a eu ce premier album, le deuxième, il te révèle un peu plus. Tu as un peu moins peur de dire "Moi je suis comme ça" ?
Oui, et puis après, je pense aussi que c'est le cheminement, tu vois. Un premier album, enfin moi en tout cas, j'ai beaucoup écouté aussi les maisons de disques et je pense qu'on peut vite rentrer dans ce piège là de demander aux autres ce qu'il faut et ce qui est mieux. Et puis finalement, "Terre Rouge", j'ai créé l'album que j'avais envie de créer, sans même réfléchir à voilà, à ce que ça plaira ou pas. Je me suis dit "J'ai envie de créer la musique que moi j'ai envie d'entendre en fait, la musique que j'aimerais écouter". Puis finalement, c'est cet album-là qui a le plus fonctionné et qui m'a ouvert les portes même internationales. Donc c'est beau.
C'est un combat que tu avais déjà, enfin, on en avait déjà parlé le fait d'être entendue en tant qu'artiste, de ne plus vouloir respecter certains codes, soit ceux parfois imposés aux femmes, que ça soit comme ça dans la musique. Moi, je suis contente de voir que ça y est, on te reconnaît en tant que Lubiana et pas une pseudo Rihanna ou autre chose que ça aurait pu être. Tu aurais pu être transformée en bimbo ou autre chose pour plaire. Et non, en fait, tu as gardé ton identité, tu t'es encore plus affirmée. Ça t'a peut-être coûté, mais en tout cas, là, tu savoures peut-être aussi ?
Oui, et puis en plus, je ne vois vraiment pas ça comme un combat. Au contraire, je vois ça plutôt comme une libération. Je pense que parfois la force et elle est dans la douceur aussi. En tout cas, moi je sais que je suis quelqu'un d'assez calme, j'ai pas eu l'impression de devoir imposer, mais plutôt de me recentrer et de faire les choix en fonction de ce qui vibrait juste pour moi.
Donc c'est le rayonnement intérieur qui t'a amené finalement à choisir des titres plutôt que d'autres, peut-être? Parce que tu t'es dit "Bah tiens, j'en avais 30, on en a gardé quelques-uns qui sont plus en adéquation avec la femme que tu es à 32 ans" ?
En fait, quand j'ai écrit cet album, je me suis dit que j'allais écrire une chanson par jour, comme un peu un muscle. Au final, ça m'a semblé une évidence, les dix titres de cet album, je les ai vus juste comme un fil rouge parce qu' ils parlaient tous de cette même thématique, de l'africanité, du métissage, de célébrer nos ancêtres, de savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va. C'est comme s'il était venu à moi cet album. Et c'est ce rapport-là que j'ai avec l'art en général, j'aime croire qu'on est en fait des vaisseaux et qu'on capte des énergies et au plus c'est fluide, et au plus pour moi en tout cas, ça vibre juste.
Sur le titre "Farafina Mousso", qui nous célèbre, nous, les femmes. Quel retour tu as des gens que tu croises, peut-être même des journalistes, de femmes qui se disent "Ah, elle a touché aussi le cœur de notre personnalité" ?
C'est magnifique parce que quand j'ai fait cette chanson "Farafina mousso", en plus c'est en bambara, donc je savais que ce n'est pas forcément une langue que tout le monde allait comprendre. En fait, j'ai posté un extrait de cette chanson en que je faisais en concert sur mes réseaux : ça a été vraiment repartagé à travers le monde. Je pense que là où je me suis vraiment rendue compte, c'est quand j'ai chanté pour Alicia Keys.
Wow ! Raconte nous !
Elle m'a dit que l'écoutait tout le temps. Elle aimait tellement la musique et que ça la reconnectait à sa famille, sa culture, ses racines et sa féminité sacrée aussi. Et puis finalement beaucoup d'hommes aussi qui m'ont écrit, tu vois, notamment là, je pars en tournée avec Shaun Mendes. Je sais que c'est avec cette chanson-là qui m'a découverte. Parce qu'en fait, le féminin sacré, c'est aussi les hommes, les femmes, enfin, on a tous ça en fait, c'est se reconnecter aussi à notre douceur, à notre féminité. Je pense qu'on met beaucoup en avant dans notre société, la masculinité, l'action, le faire, les archievements. On peut aussi dire qu'en fait, on peut aussi être doux, on peut être dans l'émotion, et dans la contemplation et dans l'accueil.
Là, du coup, tu nous parles de stars internationales, est-ce que tu avais comme projection ou rêve d'aller toucher l'autre côté de l'océan ?
Non mais non (rires) En fait, c'est juste que pour être honnête avec toi, je savais que cet album, il allait fonctionner. Quand je dis fonctionner, c'est j'étais sûre que ce que j'avais fait allait toucher les personnes que ca devait toucher. Tout est relatif hein mais je savais qu'il y aurait une portée. C'est au moment où je n'étais plus dans l'attente que tout est venu. C'est ça la vie ! Ce titre a pris que 4 mois après sa sortie donc ça s'est fait progressivement. Il m'a fallu rester confiante et je suis touchée par la portée internationnale.
C'était aussi bien ce temps de latence pour que tu t'installes aussi que finalement tu t'appropries un peu plus tes sons pour mieux les maîtriser, c'est vrai que cet instrument est totalement magique. Quand tu en joues seule ou avec deux ou trois musiciens, il faut pouvoir y aller. Comment tu le vivais, ces premiers temps où tes morceaux que tu avais écrit à la maison, finalement tu nous les as livrés à Paris ou ailleurs ?
En fait, j'avais quand même déjà fait pas mal de scènes avant de sortir l'album, justement parce que j'avais envie de roder les morceaux. J'aimais bien de les avoir joué et j'ai pas mal joué en Afrique. Chaque année, je fais des retraites autour de mon instrument et donc en fait, je prends beaucoup de temps de les jouer devant des publics, mais parfois ça peut être des proches, parfois ça peut être voilà des petits lieux, enfin des petits lieux, mais du coup, je les avais déjà quand même pas mal joué. Et puis aussi, j'ai beaucoup travaillé mon instrument. Entre le premier album et celui-là, je me suis rendu compte qu'il le fallait vraiment. De toute façon, pour moi c'est sans fin, la Kora il y a toujours à apprendre pour évoluer mais j'ai passé beaucoup beaucoup de temps, d'heures, de jours à travailler.
Tu es parti voir les grillos, ils t'ont montré un peu plus de technique peut-être pendant quelques mois là où tu nous avais fait un tour d'Afrique?
Oui, c'est ça. C'est non seulement, c'est la technique, c'est aussi les morceaux traditionnels et puis le fait d'être en communion avec mon instrument. L'année passée, j'ai fait un mois en Gambie. C'est aussi très fort pour moi parce que je suis connectée à mon instrument et en plus c'était pendant la période du Ramadan, donc c'était très calme. C'est juste jouer, jouer, jouer, jouer et c'est ça me nourrit beaucoup.

Si on parle maintenant de la dimension concert, ce qu'on va vivre pendant deux soirées. Comment tu t'es préparé à jouer dans des lieux qui n'ont pas forcément l'identité d'un lieu de concert ?
Mais moi, j'adore, je te jure, je suis tellement heureuse de jouer ici. Pour moi, c'est ces lieux-là qui sont les plus beaux en fait. Je trouve qu'il y a quelque chose de sacré, spirituel et ma musique elle amène à ça aussi. Donc, j'ai l'impression que c'est comme si je captais encore plus d'énergie et que j'étais encore plus portée. Après une tournée Lamomali dans des salles immenses, c'est revenir à l'essence de la connexion aux gens, je peux voir tous les visages

Ils sont à quelques mètres. C'est ça. Est-ce que tu t'es déjà baladé peut-être dans les rangs de tes salles de concert, je te vois essentiellement sur la scène. Est-ce que c'est une envie, est-ce que c'est déjà du vécu ?
Là c'est un peu plus compliqué, parce que la Kora, c'est un instrument qui est branché, mais aussi au-delà de ça, il y a un stand, il y a un système. Mais par contre, c'est vrai que je l'ai déjà fait par le passé quand je jouais avec d'autres musiciens où moi je descendais et puis ça c'est vraiment quelque chose de très beau et je souhaite le refaire pour la suite. C'est vrai que tu parles de quelque chose auquel j'ai déjà pensé.
Quelle connexion,toi, tu peux avoir aussi avec cette jeune génération qui s'intéresse à peut-être des musiques d'avant ou des musiques de leurs ancêtres. Cette nouvelle génération qui a envie d'aller creuser des sons, des fois faire des remix ?
Moi, je trouve ça très beau parce que finalement, je crois que c'est comme la mode finalement on réinvente rien mais on capte plein d'éléments qui sont là et qu'on réincorpore avec nos vécus, nos sources. J'ai fait pas mal de séjours maintenant notamment en Afrique où je me rappelle d'avoir fait cette masterclass avec plein de jeunes algériens qui reprenaient leurs instruments traditionnels, les instruments de leurs ancêtres. On a plein d'instruments traditionnels finalement. Je sais que les Bretons, vous êtes très fier aussi de vos cultures, vos musiques traditionnelles et vous êtes restés connectés à ça. Mais en fait, je trouve ça très beau de replonger dedans, comme un gremoire où on redécouvre plein de trésors et puis on les remet à la lumière. C'est beau.
Tu fais le pont avec notre culture ici. Est-ce que tu as eu cette curiosité d'écouter des sons bretons d'avant, de maintenant ?
Bah écoute, c'est marrant que tu m'en parle parce que j'en parlais récemment, je demandais une recommandation de musique traditionnelle bretonne. D'ailleurs, je suis preneuse parce que je me rappelle à l'époque, j'avais été très touchée par la démarche de Nolwenn Leroy. Justement cette mise en avant et aussi à quel point elle avait été soutenue et à quel point je me dis c'est beau en fait de voir qu'il y a cette place-là aussi pour toutes ces sonorités. Tu m'enverras une ptite liste d'artistes à écouter !
Oui n'hésite pas à aller écouter Aziliz Manrow et sa musique pop folk celtique et ses titres en français, anglais et breton ! Vous pourriez avoir quelques connexions !
Ah génial, j'irais écouté ça !
Si on parle de ton parcours dans Lamomali, le projet de Matthieu Chédid, comment ca s'est passé ?
J'ai fait un titre sur mon album avec Toumani Diabaté qui était le totem de Lamomali. Il nous a quitté il y a un an. Je sais que Matthieu avait déjà entendu parler de moi par Toumani. Puis il y a quelques temps, Ibrahim Maalouf m'avait contacté pour venir en guest sur ses dates de concert à Pleyel à Paris. Beaucoup de gens lui parlaient de moi et Matthieu s'est senti comme harcelé (rires) et il m'a contacté ! Il m'a invité dans son studio, on a d'abord joué des choses et il m'a ensuite proposé de rejoindre l'aventure !
Au début, j'avais un gros emploi du temps mais ce lien avec Toumani, qui a été comme un mentor pour moi, comme s'il avait orchestré ça. J'avais envie de le célébrer via Lamomali !
C'était pas une grosse surprise pour moi que tu sois entourée par cette famille, profondément douce et bienveillante. Tu as été mise en valeur !
Oh merci !
La suite c'est un concert en chapelle, pleine de symbolique pour les marins disparus en mer. Les gens ont hâte de te découvrir ...
Ça va être génial, je suis vraiment ravie d'être là !
Merci !
Plus d'infos :
Instagram https://www.instagram.com/lubiana_k/



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