Interview : Feu! Chatterton au Bout du Monde
- Adeline
- il y a 4 minutes
- 9 min de lecture
Les festivals nous offrent des moments suspendus avec les artistes en loge
Voici notre rencontre avec Clément et Sébastien du groupe Feu! Chatterton
Bonjour les Feu! Chatterton , bienvenue au Bout du Monde !
Sébastien : Salut ! Merci !
De retour en Bretagne , quels liens avez-vous avec notre terre bretonne ?
Sébastien : Un lien très important, c’est la première région où on est allés hors de l’Ile de France, au tout début du groupe. En 2013, on avait joué aux Bars en Trans à Rennes puis plusieurs dates un peu partout dans la région. C’est la troisième fois qu’on vient au Bout du Monde.

Des retrouvailles cette année?
Sébastien : Carrément, on avait commencé sous le chapiteau ! Tu sais, c'est là où tu joues deux fois dans la même journée, moi j'en ai un super souvenir! Il y a une vidéo sur Internet du morceau " La Malinche" qui est justement tournée pendant ce concert.
C'est la première fois qu'on vient en Bretagne pour cette tournée, donc on espère que les gens vont être chauds, mais on n'a pas trop de doutes là-dessus.(Rires)
Clément : Et puis en plus, c'est l'une des régions où on fait le plus de concerts parce que enfin, je pense qu'il y a pas de hasard, les gens sont vraiment friands de concerts ici, il y a des festivals partout.
Sébastien : Il y a toujours une espèce d'excitation très bienveillante du public pour la musique. Ici il y a un truc de folie. Tu vois, là, je rentrais dans le festival, il y avait des gens habillés en Astérix et Obélix ! Ça n'a pas vraiment de sens (Rires) mais en fait, c'est super fun et très ludique. En Bretagne, c'est festif et à la fois très respectueux de la musique. Et ça, c'est vraiment votre particularité.
La particularité du Bout du monde, c'est aussi l'ambiance familiale. Je pense que certains vont venir avec les tout petits et certains vous écoutent déjà depuis assez jeune, parce que ça fait déjà 15 ans que le groupe existe. Quel lien vous avez avec ce public intergénérationnel ?
Sébastien : Bah, il faut qu'ils achètent des disques dès le plus jeune âge, tu sais. (Rires). Non, mais c'est marrant que tu évoques ça, c'est qu'on a vraiment des familles, tu vois, ils sont cinq, six qui nous suivent depuis longtemps et les enfants ont grandi. Donc, tu vois, on en avait, ils étaient au collège, maintenant bah là, ils sont au lycée ou plus et c'est vrai que c'est hyper touchant. En fait, c'est tu sens qu'ils vivent, ils partagent quelque chose de Feu! Chatterton qui est unique à chaque personne. Nous aussi on est lié avec eux parce que c'est depuis le début qu'ils nous suivent. Donc on jouait dans les bars, ils étaient déjà là. Je pense que notre musique elle est aussi pour tous les âges. En même temps parfois on se dit on aimerait plus de jeunes, mais en réalité, on est hyper fiers de voir qu'on peut dans un même concert réunir des gens qui ont entre 15 et 20 ans et d'autres qui ont plus 60 ans. C'est assez fou d'ailleurs.
Et toi Clément quel ressenti as-tu face au public en concert ?
Clément : C'est très émouvant quand on est en festival notamment et qu'on regarde le public et qu'on voit les gens chanter. Tu repères tout de suite les gens qui sont assez fans, qui connaissent les chansons et la cartographie des âges est vraiment très dispersée dans la foule.
Votre musique amène ça aussi, parce qu'il y a tant du fond que de la musique. Et c'est peut-être dans le rock des fois, il y a certains groupes qui ont plutôt fait du son et un peu moins de texte. On a de la chance, c'est que chez vous, il y a la patte poétique, qui amène, je pense, les gens aussi à se déplacer pour écouter et pas juste bouger ou pogoter?
Sébastien : Non, mais après voilà, nous, on a toujours aimé les deux, quoi. Je pense que c'est pour ça que notre public est large, c'est qu'il y a des gens qui vont venir vraiment pour écouter les textes et d'autres qui vont venir pour les moments qui sont bien plus fous. Et je pense qu' on vient aussi d'une musique hybride. Un mélange entre la chanson française, évidemment de Bashung ou Gainsbourg et tout, mais aussi de la musique anglo-saxonne, tu vois, les Doors, Patti Smith. Il y a toute une génération d'artistes qui ont fait à la fois de la poésie et en même temps quelque chose de très puissant sur scène, voir trash. Et en fait cette histoire-là du rock, et ben nous on se réclame vachement de ça. Nous, on se réclame pas trop de la poésie à texte de cours d'école. Et donc, il y a ce il y a ce mélange là qui fait que les gens, je pense vont voir un peu de tout. Tu vois, ils sont prêts à écouter des morceaux où ils vont devoir danser, sauter partout et en même temps un morceau comme "L'Affiche Rouge", où on reprend un poème d'Aragon.
Ah oui assez risqué et audacieux !
Sébastien : C'est un texte qui est lourd avec des arrangements qui sont très légers. C'est marrant, c'est le même public qui va être touché par les deux. Et, je pense que c'est un leur peut-être de l'industrie de croire qu'il faut formater un artiste à faire tout le temps le même style, tout le temps la même chose, tu vois, sur toute sa carrière. Les carrières d'artistes, notamment de français qui ont tenu, bah c'est qu'ils ont fait un album reggae puis un autre style ensuite comme Bernard Lavilliers.
La plupart des artistes qui ont des carrières longues en fait, n'ont pas eu peur d'oser et de prendre des risques et de se faire plaisir en fait.
Comme vous ?
Sébastien : Oui, le plaisir et aussi avoir un public qui aime ça. Ils nous ont accepté comme ça, qui n'ont pas envie qu'on fasse toujours la même chose. Et ils sont assez exigeants là-dessus. Du coup, nous, ça nous donne une grosse liberté, c'est-à-dire qu'on peut très bien décider d'aller explorer un nouveau territoire et on sait qu'on aura au moins une fan base, tu vois, comme on dit, qui nous suivra là-dessus parce que ce qui l'intéresse, c'est de chercher avec nous.
Clément : Cette fan base, elle était pas là au début et en vrai, on a quand même commencé le groupe, un peu, sur ce postulat aussi de d'écrire des chansons qui soient vraiment à chaque fois des mondes à part, des trucs dans lesquels tu plonges et qui ne ressemblent pas du tout à la chanson d'après. On a la chance d'avoir Arthur et la particularité de ses textes, ce qui fait une continuité stylistique. Je pense que même dès le premier album, on était déjà dans cette démarche et c'est toujours quelque chose qu'on continue d'explorer, mais qui du coup donne aussi une grande liberté d'exploration.
Là, on part sur "Labyrinthe", l'album qui va sortir mi-septembre. On a déjà deux titres et il y en a même un qui a une couleur un peu plus sensible "Mille vagues". Comment ce ce morceau est arrivé ?
Sébastien : C'est une histoire particulière et importante. On a été managé pendant longtemps par un monsieur qui s'appelait Jean-Philippe Allard. Et en fait, il est décédé soudainement pendant la création de cet album et c'était un conseiller, un mentor, un ami et donc ça nous a fait un choc énorme. Juste après l'avoir vu en fait au funérarium, où on est allés tous ensemble, on s'est retrouvés en studio et on a écrit ce morceau d'un trait et enregistré quasiment tel quel.
D'accord ...
Sébastien : Et en fait, moi j'aime bien me dire, on se le dit tous que c'est venu de lui, quoi. C'était aussi un grand monsieur du jazz en France, il avait dirigé plusieurs labels de jazz, il a signé Stan Getz, enfin, plein d'artistes américains très connus. C'était quelqu'un de très important dans le jazz. Et dans son label, il y a un saxophoniste, Oan Kim, qu'on a invité justement à participer au morceau avec nous. A la fin du morceau, on entend un solo de saxophone. Donc c'est un morceau très important et les retours sont justement assez fous. Ce morceau-là, on l'a sorti il y a deux jours et je voyais les commentaires, par exemple sur YouTube, tu as des gens de toutes les générations qui écrivent. Tu vas avoir un enfant de 14 ans qui écrit en racontant qu'il a eu un gros accident, il a cru qu' il allait passer. D'autres gens qui parlent de gens qui ont perdus récemment. En fait, tous les gens se retrouvent dans cette histoire, peu importe l'âge. Et, ça va aussi dans le sens de ce que tu disais tout à l'heure. Je pense qu'elle est tellement intime cette histoire pour nous, qu'en fait, elle est universelle. Tout le monde partage ces moments-là.
Il y a des besoins des fois aussi de se poser et puis de fois d'aller de l'avant. Alors voilà, "Allons voir". Voilà, hop ! Ce morceau envoie de l'air vraiment. Enfin moi, j'ai eu plaisir à vous retrouver dans une dynamique d'espoir comme celle là. Et puis on sent l'influence, oui, de pop anglaise. Enfin c'est beau, ça joue super bien. Moi j'ai hâte de voir le live, parce que du coup, souvent, il y a un petit upgrade sur les morceaux. Vous allez vous lâcher peut-être un peu plus?
Clément : Oui, toujours. En studio, on est assez contenus donc c'est sur des morceaux comme "Allons voir", c'est sûr qu'on va s'envoler.
Est-ce qu'il y aura un slam ?
Clément : Bah ça, ça dépend du public. En général, il y a un slam. Même si Arthur ne le fait pas, je le ferai.
Sébastien : Pari tenu, fais gaffe. (Rires)
Là, quand on parle d'inspiration du quotidien, qu'est-ce qui vous tenait à cœur aussi d'exprimer dans cet album là ?
Sébastien : Bah je pense qu'avec "Allons voir", c'est nouveau pour nous, de raconter l'espoir. C'est vrai qu'on est quand même un groupe qui plutôt tourné vers la dépression, enfin en tout cas une forme de critique assez, qui peut être assez noire. On peut se le dire. Ce morceau-là, il est né d'ailleurs en tournée de festival, aux Sables d'Olonne. Au tout début, il avait déjà cette joie aussi de pouvoir communier avec le public. Et les couplets par contre, on les a écrit plus tard. Je pense qu' entre-temps, on est plusieurs à avoir eu des enfants. Je pense qu'on avait besoin de mettre dans un morceau ce qu'on pourrait raconter à quelqu'un qui est plus jeune et qui aurait du mal à se dire qu' il y a encore un espoir. Aujourd'hui, c'est vrai que si tu grandis dans la société actuelle c'est complexe. Nous on a grandi dans les années 90, qui était un peu plus solaire. On se voilait la face, mais on pensait que ça allait plutôt dans le bon sens. Et là, bah là c'est beaucoup moins le cas, on est beaucoup plus réaliste et donc c'est assez dur, je pense.
On avait besoin de se dire que peut-être que le premier geste à faire, le premier pas à faire, c'est un pas vers juste un peu de gaité, voilà. Et c'est déjà un mouvement qui paraît bizarre ! Déjà, entre nous, on a débattu est-ce que c'était bien de le présenter ou est-ce que ça va pas être pris comme "Mais ils sont complètement à l'ouest, le monde va mal et eux, ils font un morceau qui est plein d'espoir". Et la réalité, c'est que quand tu sors un morceau, tu te dis quelque chose quand même que c'est ce que tu t'as envie de défendre. Est-ce que ce n'est pas la première chose à proposer aux gens, d'essayer de regarder le monde autrement et de se dire que il y a peut-être une forme d'espoir, déjà ça permet de se mettre en mouvement.
Ce côté un peu conscience joyeuse, moi j'aime bien le fait de se dire que c'est la catastrophe à côté, mais on va tendre vers un peu de lumière. Et les festivals, c'est fait pour ça et la musique apporte des moments de répit aussi.
Sébastien : Et les festivals, même, c'est fait pour ça. Je pense intéressant de réunir des gens qui n'ont pas forcément les mêmes opinions, les mêmes goûts aussi parce que la programmation peut être variée; au même endroit et de se poser des questions ensemble. Parce que nous, on n'aime pas trop la politique. On est un groupe qui a une forme d'engagement mais qui n'a pas de programme, tu vois, qui pose souvent des questions.
Et c'est ce qui est bien non ?
Sébastien : Oui, sans étiquette, en tout cas. Entre nous cinq déjà, on ne sait pas quelles sont les réponses. Mais on sait quelles sont les questions. Et donc on essaie de mettre ça dans notre musique.
Vous aimez le partage et la diversité aussi ?
Sébastien : Oui tout comme au Bout du monde, c'est typique. Enfin, je trouve que c'est un festival qui est comme ça parce qu'il est loin. D'ailleurs, là, il y a des gens du monde entier aujourd'hui, on a la chance de jouer avec des Béninois, les Colombiens, les Colombiennes. Donc tu vois, c'est un moment de partage, de communion, "Allons voir", notre titre permet de faire ça.

Hâte de vous voir sur scène et peut-être que vous avez envie de voir d'autres voisins ?
Sébastien : On a la chance de jouer tôt, donc on va pouvoir aller voir tout le festival avant de partir.
Bon festival à vous !
Oui ! Merci beaucoup.
Le groupe poursuit sa tournée, prenez vos places sur https://feuchatterton.fr/concerts/
Plus d'infos :
Site web https://feuchatterton.fr















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